C'est comme ça que, par l'entremise d'une bille de direction égarée sous
l'établi, *****l'interphone d'intérieur***** prit enfin tout son sens et fut
enfin utile, placé habilement dans la dame du château.
<Voix off> : C'est sur cet émouvant et non moins champêtre tableau que nous
quittons nos amis en plein travail. Mais ne vous inquiétez pas, ce n'est pas
pour longtemps car demain, le prochain épisode de notre saga est intitulé "
La revanche du plantoir qui lève une armée de drosophiles génétiquement
modifiées ".
A demain, chers amis.
La revanche du plantoir
(dans lequel nous verrons que divers objets disparaissent dans des conditions
mystérieuses, pour réapparaître plus tard, dans des circonstances tout aussi
insolites).
Très chers auditeurs, nous avons laissé hier nos personnages vaquer à leurs
occupations coutumières, alors, retrouvons-les sans plus attendre et vivons
ensemble leurs palpitantes aventures.
Rejoignons donc Mâame au salon. Le jardinier est reparti à ses drosophiles,
les burnes délestées de quelques hectogrammes de précieuse et blanchâtre
semence, laissant sa coéquipière avachie comme une grosse et flasque méduse
sur son radeau au milieu du salon, le téton alangui, la chair flétrie par une
telle débauche d'ardeur.
Elle ouvre un store, puis l'autre, et présente au créateur des gobilles
saumâtres veinées de vermeil, délicatement ourlées de ce qui semble bien être
des anchois. Reprenant ses esprits dispersés en même temps que sa dignité de
maîtresse de maison, la voici qui se relève avec peine, opérant une délicieuse
génuflexion sur ses rotules malmenées avant de retrouver la position verticale
qui lui est plus pratique pour marcher. Ses mamelles gant-de-toilettesques en
vadrouille et ses flasques fesses au vent, elle rassemble ses effets, enfile
ses nippes froissées et revaque à ses occupations comme si de rien n'était, à
savoir le canevas d'os sur canapé.
Quelques heures passent quand une gène sourde, dans le séant, la contraint à
réviser sa position.
- " Mais nom de nom de b***el à queue, qu'est-ce y m'a foutu dans l'prose c't'
animal, que j'en ai le fion tout irrité ??? "
Mais quel est donc cet objet tampaxesque qui lui meurtrit les hémorroïdes ?
Nous le saurons bientôt, après avoir jeté un coup d'il à ce qui se passe dans
l'aile ouest du château et plus précisément dans l'atelier de Môssieur.
- " Ohh ! M'sieur, z'allez-ty v'nir enfin ? J'me lasse, vous savez !
C'est pas une vie, d'avoir les mains en sang à force de palper l'béton de d'sous vot'
établi, qu'j'en ai les doigts râpés comme du gruyère ! "
- " Han, han, han, han, z'avez qu'à me r'trouver c'te bille, Marinette, c'est bien pour ça que j'vous paye, non ?
Et tant qu'vous y êtes, passez moi donc la burette d'huile de coude, j'
sens votre boyau culesque s'étrécit un tantinet
"
Sur ces échanges verbaux hautement culturels, lassé de ces va-et-vient
incessants autant qu'inaboutis, Môssieur se désenquille et remonte son
kangourou petit yacht :
- " Allez, ça suffit. Doit pas être tombée par là, la bille.
Rajustez-vous convenab'ment, Marinette, que Mâame ne se doute de rien, et r'tournez donc
préparer l'souper. "
Et dans son fort des halles intérieur :
" L'est vraiment bonne à nib, c'te pauv'
gosse, j'me demande bien pourquoi on la garde encore ???
Parce qu'entre les uf au plat brûlés, les saucisses mal cuites, les pieds de cochon trop durs et
les lits pas faits au carré, c't'une catastrophe ambulante.
reusement qu'elle rechigne pas trop à pas mettre de culotte, encore ! "
" Bon, où j'en étais déjà, moi ?
Pas possib' de bosser sérieusement, avec toutes ces perturbations
Ah ! Oui, la colonne de direction
"
Bruits métalliques divers.
" Mais boudiou, qu'est-ce donc qui me gène comme ça dans mon calbut ? "
Eh oui, chers auditeurs, quel est donc cette chose qui s'est subrepticement
glissée dans les chausses de Môssieur, l'obligeant ainsi à interrompre ses
réparations directionnelles, tel le caillou dans le soulier qui force à
reconsidérer la marche ?
Nous le saurons bientôt, après avoir jeté un coup d'oeil à ce qui se passe dans
le couloir qui mène de l'aile ouest jusqu'aux cuisines, en passant par la
buanderie, les cagoinces, le boudoir, la penderie, la véranda, le jardin d'hiver, le jardin d'été, le jardin de printemps, le songe d'une nuit d'été, la
petite musique de nuit, le révérend père de claouis, les lavatories, la
laverie, la salerie, l'auge aux cochons, l'étable, le poulailler, le
commissariat de police, le café du commerce, la chapelle ardente, l'église
flamboyante, la cathédrale magistrale, le couloir de la morgue, les vécés, le
garde champêtre, le living-room, le dancing, la salle à gerber, le stock de
produits illicites, le salon à musique, le clapier, le clapoir, le glapir et
enfin le mirifique entrepôt frigorifique (j'vous avais bien dit qu'il est
immense, ce château, non ?).
Donc, Marinette, le derche à vif grâce aux soins affectueux et toutefois
hardis de Môssieur, s'en retourne d'une démarche luckylukesque à ses
occupations coutumières, à savoir faire le ménage, la cuisine, la vaisselle,
torcher les gosses (heureusement, il n'y en a pas), faire les lits, chasser
les moutons de d'sous les plumards avec la balayette rose, frotter, encore
frotter, toujours frotter (heureusement qu'il y a findus) et faire reluire
tout ce qui traîne : les cuivres, les ors, les argents, la badine de Môssieur,
les bronzes coulés, les plombs pétés, le p'tit bouton d'rose à Mâame, l'
plantoir (tiens ! l'est encore ici, celui-là ?) au jardinier, les queues de
cerises.
Et dans son for intérieur :
" Mince, dire que j'm'occupe de tout le monde ici et que j'passe toujours en dernier
Quelle vie de chienne, non mais sans blague
Tiens, pisque c'est comme ça, j'va profiter de ce fauteuil Louis seize pour m'chanstiquer un peu l'frifri.
Pas d'raison qu'ce soit toujours les autres
"
Et, joignant le doigt à la parole, elle s'installe confortablement dans le-dit
accueillant fauteuil, ses jambons varicieux d'honnête travailleuse tout de
bleu veinés, sur chaque accoudoir, dévoilant ainsi à qui veut bien y regarder
(mais il n'y a personne, à part nous) une foune tropicale touffue à la
portugaise, qui s'étend depuis le pubis jusqu'à loin au dessus du nombril.
Elle commence donc à s'occuper un peu d'elle-même et entreprend un solo de
guitare en femme majeure. Jusque là, tout se passe normalement, elle s'est
mise au mouillage comme un dinghy à marée basse, mais soudain, une gène
anormale l'empêche d'aller plus profondément que le début de l'orifice de son
origine de la vie.
" Foutre diantre, mais qu'est-ce que c'est que c'te saloperie qu'j'ai dans l'garage à paf ? "
Mais oui, chers auditeurs, quel est donc cet obstructeur objecteur de godemiché ?
Nous le saurons bientôt, après avoir jeté un coup d'il à ce qui se passe dans
le jardin où officie officiellement l'officier des lieux :
Grégoire le jardinier, inventeur des drosophiles à couper le beurre.
Notre Grégré, après son intermède avec la rombière tenancière de ces lieux, s'en est allé comme un cow-boy solitaire, retrouver ses drosophiles adoptives.
Dans leur cage en fil de fer barbelé, les mignonnes, convenablement
ravitaillées par leur maître, en plumes de coq qui est, comme chacun sait leur
exclusive alimentation, les mignonnes, donc, vaquent à leur occupation
habituelle, à savoir forniquer comme des brutes.
Eh ! Oui, qu'est ce que vous voulez faire d'autre, vous, enfermées qu'elles sont dans un si petit espace,
mâles en rut et femelles en chaleur mélangés, hein ?
Qu'est-ce que vous feriez, vous ?
Du repassage ? De la couture ? Des parties de scrabble ?
Non ?
Bon, alors.
Le Grégré, les regarde faire, envieux et émerveillé par tant de candeur, tant
de naturel, tant de souplesse dans le geste.
Tant et si bien qu'une envie lui prend
Faut dire aussi qu'il faut être spécialement rôdé à l'abstinence pour
rester de marbre face à un tel spectacle
Ou bien peut-être l'abbé Pierre ???
Toujours est-il que voilà notre ami qui dégrafe la fermeture éclair de son
tablier, baisse culotte, et s'entreprend un match à cinq contre un.
Frouitt, frouitt, frouitt!
Mais soudain, survient une gène étrange dans l'urètre, comme si quelque chose
en bloquait l'accès à la pleine mer.
" Nom d'une tête bêche dans l'cabanon, mais qu'est-ce que c'est-y qu'j'ai donc
choppé comme ça dans l'bistouquet ? "
Mais oui, chers auditeurs, c'est vrai, quel est donc ce calcul inopportun qui
entrave l'évacuation de l'appareil jardiniesque ?
Nous le saurons bientôt, après être retourné, enfin, dans le grand salon où
Mâame se contorsionne de manière grotesque au milieu de la pièce, un
tire-bouchon dans une main, le tisonnier dans l'autre, lâchant des
imprécations graveleuses que le standing de notre radio ne nous permet pas de
retranscrire ici, même par écrit.
" <censuré> "
La trogne écarlate, de grosses gouttes de suif lui dégoulinent le long des
tempes, elle baigne dans son jus et s'escrime tant et si bien que son large
fessier vergeté blanc laiteux sur fond rubicond, tel le visage d'un vigneron
alcoolique narbonnais, finit par mettre bas un objet oblong, gris anthracite,
muni d'un clavier-souris ergonomique ni trop soft ni trop dur et dont une
extrémité est nantie d'un appendice filiforme et vaguement élastique.
L'objet est déjà attaqué par les vapeurs acides qui sévissent dans un tel
milieu aqueux et présente des crevasses olivâtres à peine recouvertes par une
couche visqueuse grisâtre.
" Ah ! te voilà, toi !!!
Ben j'suis bien contente d'avoir retrouvé mon *****interphone d'intérieur*****,
j'vais pouvoir enfin appeler c'gros lard qui me fait office d'époux dans la tête pour l'souper
"
Joignant l'auguste geste à l'appareil, non sans l'avoir au préalable frotté
sur son playtex pour le débarrasser de ses sécrétions glaireuses, elle appelle
l'autre fada :
- " Vas-tu enfin v'nir, spèce de pourceau, que c'est l'heure du souper, que l
'temps qu'tu t'en r'viennes, y s'ra déjà r'froidi ? "
Môssieur :
- " Mais qu'est-ce elles ont toutes à vouloir que j'vienne ?
Bon, ça va, j'arrive
.
Tiens, une bonne nouvelle : j'ai r'trouvé la bille manquante, elle était dans mon slip !
J'ai r'mis la main d'sus en comptant mes burnes et j'trouvais bizarre d'en avoir trois !!!
Par contre, mauvaise nouvelle, j'parviens pas à r'mettre la main sur ma burette d'huile de coude. T'l'aurais
pas vu, par hasard ?
Enfin, tant pis, j'la chercherai après l'souper. Bon, j'arriiiiive, ma biche. "
Chemin faisant, traversant successivement la buanderie, les cagoinces, le
boudoir, la penderie,
enfin, bref, maintenant vous connaissez la maison,
chemin faisant, donc, Môssieur rencontre Marinette, toujours à se chanstiquer
la moniche sur son fauteuil. Jetant un coup d'il discret au paysage, il
remarque un petit tuyau qui dépasse de l'origine de la vie de la charmante :
- " Dites-donc, Marinette, vous seriez par un peu cleptomane, par hasard ?
Et qu'est-ce que ma burette d'huile de coude fout dans vot' frifri ?
Rendez-moi ça immédiatement, que sinon j'vous congédie d'une autre façon
"
Marinette :
- " Mais M'sieur, j'vous jure, j'vous ai rien pris, c'est pas d'ma faute !
J'savais pas qu'c'truc était parti avec moi
"
Môssieur :
- " Bon, passe pour cette fois, mais n'y r'venez pas.
Pour la peine, vous m'ferez un' p'tite gâterie après l'souper et j'oublierai tout.
Rompez
"
Sur ces entrefaites, apercevant l'un des innombrables *****interphones d'
intérieur***** de la demeure, il l'empoigne afin d'appeler le jardinier :
- " Alloooo ? Alloooo ? "
Tiens, c'est drôle, ça, ça résonne bizarement dans c't'appareil ???
Au même moment, à l'autre bout du jardin, près de la cage aux drosophiles, une
sonnerie stridente résonne dans l'kiki du Grégoire :
- " Ah ! Ça m'revient ! Je sais maintenant ce qui m'gène !
Quelle bande de cinglés dans cette maison d'installer des *****interphones d'intérieur***** n'
importe où, qu'en m'asseyant, y'en a un qui s'est glissé dans mon affaire !!! "
Et c'est ainsi, chers auditeurs que se termine notre épisode d'aujourd'hui.
Le souper sera-t-il prêt à temps ?
Les drosophiles accoucheront-elles avant l'hiver ?
Mâame finira-t-elle son canevas avant que les mites ne le dévorent ?
Môssieur parviendra-t-il à terminer la réparation de son vélo avant 19h30,
dernière limite pour lui laisser le temps d'arriver sous la tour Eiffel et ainsi rejoindre ses compagnons frappadingues ?
Vous saurez tout celà en écoutant, avec attention, notre prochain épisode de
notre saga, 'Le chameau de ma mère', intitulé : " le voyage intérieur de
Môssieur dans les banlieues troubles. "
[ Deplusenpluslong ] Itinéraire d'un PBN pour Frappadingue aux dents gâtés
Peu de temps après le truculent 3ème épisode de l'interphone d'intérieur, tout
semble calme aux alentours du château du Comte de L'Amère Loi.
Tout ?
Non, car, en tendant l'oreille, faute de mieux pour l'instant, un lancinant bruit de lime vient agacer l'ouie
exercée de l'observateur matinal un tant soit peu rompu à la discipline de l'examen des volatiles les plus
pusillanimes de nos contrées.
Et quand je dis " un " bruit, le soucis de vérité qui à toujours été mien m'oblige à révéler qu'en forçant un peu le sonotone, il
semble bien qu'il y en ait deux…
Approchons nous donc de l'aile gauche et jetons un œil violeur d'intimité sur
l'antre de notre cyclo-bricoleur de génie. La servante, pugnace, cherche
toujours la bille égarée, pendant que Môssieur le Comte, penché sur son
atelier, protégé des projections intempestives, toujours possibles en pareil
cas, par un élégant tablier de dentelle décalée, sue à grosse gouttes et lime
comme une bête. Dans l'étau, un splendide moyeux moyen brille de mille feu.
Dans les yeux du limeur invétéré, la lueur du plaisir bestial qui l'anime et
décuple l'énergie nécessaire à sa besogne. Plus pour lui-même que pour la
pauvresse toute à sa quête, également courbée vers la glèbe, qui gémit sous la
charge et pousse de petits cris
- " hun hun hun "
En alternance, notre homme murmure :
- " Ah ! Nom de d'la, j'vais tous les pourrir avec un moyeux moyen pareil...
Bon, encore un p'tit coup et y'a plus qu'à remonter la chose et partir.
Si j'me presse un peu, j'devrais être sous la Tour Eif' sur les 20h15 pour le Pbn... "
Et en effet, après quelques va et viens supplémentaires, abandonnant ses outils
bruyamment sur les planches de l'établi, le gaillard se redresse les mains sur
les reins. La fierté se lit sur ce visage radieux.
- " Allez, Suzanne 1 , pliez vos gaules : on décroche 2 le boulot est terminé.
J'dois m'grouiller pour partir au PBN...
Pendant qu'v's'y êtes, passez don' à la laverie et préparez mon cuissard à bretelles de cuir,
vous savez, celui avec les festons espagnols roses à pois mauves 3 : c' est fête aujourd'hui et je me
dois de me présenter immaculé devant mes paires…
Et n'oubliez pas de l'enduire correctement avec la vaseline !
La dernière fois je m'suis payé une crise de furoncles purulents pendant une semaine,
que j'pouvais plus m'poser sur la cuvette des gogues et devais dormir sur le ventre, 'rendez compte, un hom'
comme moi, avec une trique permanente pendant le sommeil...
Allez, ouste ! "
Sur ces mots gracieux, le voici qui embraye sur le remontage de son prototype
et en deux temps, trois mouvements, le spad rutilant trône sur son piédestal,
inondant le local exigu de sa force sauvage et brutale.
Se déshabillant tout en courrant pour ne pas perdre de temps, semant ses nippes
au gré des interminables couloirs du château, il arrive nu comme un ver dans le
grand salon, l'arme blanche ballottant au gré de ses pas perdus. Mââme et sa
cousine, Germaine du Fion-Restreint, y prennent le thé sur un guéridon aux
antibiotiques, le petit doigt levé, gloussant et minaudant à qui mieux-mieux.
Cette dernière rosit à la vue des blasons du Comte tout en gratifiant le
velours râpé du fauteuil Louis V sur lequel repose son séant d'un jet concentré
d'une humeur blafarde et nauséabonde.
Le Comte :
- " Bon, Manman, j'me sauve, c'soir, y'a PBN et j'suis déjà en r'tard...
J'te préviendrai par l'interphone d'intérieur si je devais revenir tard... "
" ... "
" Tiens, Germaine, z'êtes là ?
'coutez, revenez donc prendre le thé demain, j'vous ferai visiter mon atelier et voir tous mes outils. Et comme j'y ai perdu
une bille de roulement, v'z'y aurez peut-être plus de chance que c'te gourdasse de Suzanne qui dénicherait pas un tampax dans son applicateur... "
Aussitôt, Mââme :
- " Mais mon minou, tu n'as rien mangé !
Tu veux pas que Suzanne te prépare un sandouiche, elle vient de préparer du beauf en Dubb ? "
" Et puis, j'ai encore perdu mon interphone d'intérieur, j'arrive pas à savoir où je l'ai fourré.
Tout à l'heure, avant que Maimaine ne s'amène, je l'avais posé sur un de nos fauteuils Louis V.
Depuis plus rien, il a disparu comme par enchantement... "
Sur ce, depuis le fin fond des nombreux juppons de la cousine Germaine, un bip-bip se fait entendre,
pareil à ceux de Franche t'es laid comme... quand le correspondant raccroche.
* * *
A peine quelques instants se sont écoulés que notre cycliste surgit en trombe
sur son beau lide, par la porte de derrière les écuries.
Le nez dans le guidon et le guidon bracelet, il agite sa guibole comme un diable. Son maillot
proclame les armoiries du Comté héroïque : un interphone d'intérieur croisé
avec une clé à molette, sous un lion endormi à côté d'un lapin chevauchant une
lapine, surplombant une chèvre devant un légionnaire sentant bon le sable
chaud.
Au dessus de l'ensemble est calligraphié la devise latine suivante :
" Si non nic cyclus est, nic servantam atrium veritas est ".
L'explication détaillée de cet écusson et de sa mystérieuse devise remonte à tellement loin que nul au
village ne s'en souvient guère encore. Il est dit qu'on en trouve trace dans les Carpates, sur les murs d'anciennes latrines romaines, mais rien n'est moins sûr.
L'interminable allée bordée de conifères se termine quand même contre toute
attente et la route rectiligne menant du château à Sein-Clou s'étale devant
l'entreprenant voyageur. La distance est vite avalée, déjà se présente la côte
de Beuffe. Il tombe un pignon, puis deux à mesure que la déclivité s'accentue.
Sans perdre le rythme, car il sait qu'après la côte vient la ruelle des pas
perdus où, étant jeune il venait discuter le bout de gras avec l'apprentie du
boucher. Une petite d'ailleurs fort aimable, toujours disposée à jouer au
docteur, à la marelle, à chat perché, aux billes, à touche pipi, à bâton rompu,
aux osselets, aux ose laids, aux celets et autres jeux enfantins sans malice.
Crache-Les-Gonzesses et sa célèbre impasse aux vingt-six virages se profile en
haut du raidillon. Et puis, c'est le drame bête. Alors qu'il en est au
vingt-cinquième, la crevaison réduit à néant tant d'efforts si désintéressés.
Sans se départir de son flegme caractériel, de cycliste nomade, Môssieur adopte
instantanément le rôle mental du démonte-pneu temporairement sédentaire. Ses
doigts habiles semblent voler entre les rayons. La colle à rustine filloche
derechef. En trois coups de cuiller à pot, le pneu est regonflé à bloc et
l'homme reparti, appuyant sur les pédales avec plus d'ardeur encore.
Plus que douze kilomètres. Bécon-Les Gruyères, Bourde-La-Reine,
Enfourne-Le-Petit, Enfourne-Le-Vieux, Enfourne-Le-Noble, Tous-Sur-Le-Noble,
C't'Un, Jouy-En-Jonas, Giffle-Sur-Yvette, Albert-Sur-Yvette,
Georges-Sur-Yvette, Sein-Cire, Edgard-Sur-Yvette, Robert-Sur-Paul 4 ,
Petardville-Le-Pont, Sein-Mort, Rot-Nid-Saoul-Bois, Et-Mes-ReinsVille,
Mal-Au-Koffre, Vingt-Scènes, Mon-Rouge, Mon-Rosé, Mon-Blanc, Elle-Pinait,
En-Gain, Lèvres, Meuh-Non-La-Forêt : les lieux dits de la banlieue chérie de
son enfance, si chargés en réminiscences pleines d'émotions, défilent comme les
souvenirs dans la tête de Louis VI alors que le couperet descend
irrémédiablement sur sa nuque dénudée et offerte. Notre cycliste dépasse les
bornes et les chiens de traîneau aboient.
Encore cinq kilomètres et les portes de Paris, la majestueuse et néanmoins
tentaculaire (celle qui crie quand elle a des glaires) ville, accueillent le
suant et poussiéreux personnage.
Avaler les quais, contrairement aux coquilles d'oursins, n'est qu'une
formalité, les trottoirs bordant le calme fleuve n'ont pas de secret pour qui
pédale bravement.
Pont de Biroutehakeim (victoire des apaches sur les maures en 1583 par 2-0). A
l'approche de la Tour Eiffel, la rumeur de la foule amassée alentour par le
plus grand des hasards s'enfle. Môssieur, le cœur regaillardi par la ferveur
populaire en remet une bonne couche. Les tubes en CroMo de son spad se tordent
sous l'effet de la pression, le pédalier grince de toutes ses dents, la chaîne
ne prend plus de plaisir, les pignon de pain, les patins de frein se les
roulent, bien forcés de constater leur inutilité temporaire dans cette
entreprise.
Là, sous les jupes métalliques de la grande dame, pile sous le tablier 5 , les
Frappadingues se massent, se congratulent l'ego et les couleurs, se
colibetisent en veux-tu en voilà, sabrent le champagne au laguiole 6 pour en
verser la quintessence en de précieux gobelets de polyéthylène, grillent la
dernière clope avant que jésus crie, détaillent et redétaillent sans relâche
les derniers accessoires à la mode : la selle hygiénique avec son applicateur,
le tube de selle à décontamination artificielle, les freins génétiquement
modifiés (ni disque, ni patin, rien que des principes), les roues lenticulaires
bicolores de rochers, les attaches rapides aux hormones, les M.S.T. (Moyeux
Séquentiellement Transmissibles), les shifters 'concorde' à trajet ultra court
(moins de 5 minutes, mais c'est très cher, quand même) et bien sûr le dernier
cri, le summum de l'originalité : le pouêt-pouêt sous-marin nucléaire russe
avec de vrais morceaux de marins dedans. Quand on le presse, il sort du pus
jaunâtre, en même temps que le bruit.
Bref, les frappadingues sont bien là, la maréchaussée pourra le confirmer (10
000 selon la préfecture, 40 selon le Chef), prêts à bondir vers de nouvelles
aventures toujours rocambolesques. à chaque arrivée de l'un des leurs, c'est la
même coutume : sablage de champagne, grandes tapettes dans le dos (rapide
palpage de certification pour les dames), rires et autres joyeusetés, cris et
chuchotements, entorse à la règle et tout le tintoin…
Môssieur débarque donc au milieu de cette ambiance chaleureuse, l'œil torve, le
nez morve, les jambes torses, le torse courbé, un sourire radieux suspendu à
ses lèvres finement ourlées d'un cordon de bave blanche séchée.
Tous se prosternent, par respect pour son titre de noblesse, mais surtout pour
cette nouvelle preuve de courage propre à tous les Frappadingues. En effet,
saches, ignorant et candide lecteur apprenti, qu'un Frappadingue ne renonce
JAMAIS à se rendre à un Pbn, dusse-t-il s'y rendre sur les moignons. Aussi,
venir du château est un exploit reconnu et loué de tous y compris des poulets
du même nom.
Le Comte étant bon et enfin présent, le taupe-départ est donné aux bonnes
œuvres et tous s'égayent sur la place au milieu des touristes abasourdis,
direction le Trot qu'a des Rôts, merveille des merveilles, splendeur des
courtisanes, illuminé même la nuit.
Après le rituel de la descente des marches durant lequel chacun s'empresse de
tout faire pour casser un peu de matériel, le chef de file décide de faire des
batchs en traitant ses congénères par lots. Sitôt les paquets ficelés, l'avenue
Klebar déroule son long ruban d'asphalte sous les roues de la bande, au son du
cliquetis des dérailleurs. L'Arche de Triomphe nous attend pour quelques tours
de manège endiablés. Une fois n'est pas coutume, c'est Thib' qui décroche la
queue de fouine que le garde-chiourme de service agite maladroitement pour
faire se lever les enfants.
Comme toutes les drôleries, faire cavaler les gardiens qui veillent qu'aucun
campeur ne se serve du feudor placé sous l'Arche pour faire griller ses
merguez, ne fait rire qu'un temps, nous voici partis vers la Place des Ternes,
ainsi nommé à cause de tous ces abrutis qui marchent avec des godasses en
papier de verre. Le marché aux fleurs rappelle à ceux qui posent parfois leurs
crampons ailleurs que dans les caniveaux lutéciens comme la nature est variée
et riche en couleurs…
Direction Montmartre la fière, celle qu'on qualifie parfois de " monte-la
dessus ", son Sacré Corps, ses séries de marches aux abrupts alpesques
étourdissants, ses touristes bêtes et avinés, son funiculaire (celui qui grince
quand il pleut des glaires). La rue Lepic (qui crie quand on l'astique) crie,
justement, au passage des dingues. Déjà, les moins vaillants (couturiers)
tirent une langue chargée. Les pavés de la chaussée sont impitoyables pour les
reins déjà éprouvés par les galipettes de la veille (enfin, pour ceux qui
pratiquent en alternance zizi-panpan et vélo. Pour ceux qui font les deux en
même temps, ils ont les reins solides et en ont vu d'autres).
La haut, au milieu des peintres minables et autres parasites, dans les odeurs
de graillon des échoppes attrape-tourista, sur la Place du Tartre (dénommée
ainsi du fait de ses coups de calcaire légendaires) encombrée de hollandais
roses et niais, de belges frittons, de rosebifs dignes et coits, d'espagnols
bretons, de ritals criaillants, un bolide fends la foule, attendant patiemment
que le reste de sa bande arrive en tournant en rond autour de la place carrée.
Pascal-Le-Maudit, après trois rue Lepic aller-retour commence à s'inquiéter :
- " Mais bon sang, qu'est-ce qu'ils fabriquent donc ?
Aurais-je pris un itinéraire bis ?
Y'en a peut-être un de crevé ?
J'vais redescendre une quatrième fois pour en avoir le cœur net... "
Et de partir dare-dare, renversant les badauds suants et agglutinés qui ne
comprennent décidément rien à ce courrant d'air aussi soudain que violent qui
leur passe à travers...
Pendant que notre gentil extraterrestre dévale la rue aux pavés d'intentions,
examinons ce que devient le reste des troupes...
Quelques dizaines de décamètres en aval, la foule, toujours elle, est amassée,
toujours gourmande de leucocytes, lymphocytes, hématies et autres phénomènes
suintants lors d'un contact rapproché de type pizza entre le tarmac et les
abatis, autour d'un amas de ferraille. Plus près encore, nous distinguons
Môssieur le Comte chaleureusement entouré de ses amis les frappés de stupeur.
Horreur : le moyeux moyen vient d'éclater après une prise de contact un tant
soit peu virile avec l'escarre de l'handicapée du cartier, la nommée Paulette.
Consternation parmi les amis : il ne reste plus qu'a signer la reddition des troupes…
Môssieur le Comte, digne :
- " Nan, laissez-moi ici : je vous couvrirai de mon feu nourri "
Les dames de s'écrier à l'unisson :
- " Queue non point, Monseigneur ! Si je t'attrape, je te mors "
Convaincu, notre héros, assisté il faut le dire des mains expertes de Fref et
de Jrej, à partir d'un cul de bouteille, commence à limer comme une bête et
d'ouvrager un moyeux moyen de fortune du pot. L'affaire n'est pas simple.
D'abord, Mat et Jamil tiennent la pièce entre leurs orteils réunis en calice.
Une vieille peau de chamois dégottée dans une poubelle traînant par là fait
office de râpe à fromage. Un singe échappé du zoo de Toi-riz-En-Evelyne fait le
guet, attentif à tout mouvement suspect alentour.
Alors que les passants font cercle autour de nos protagonistes, une idée est
lancée en l'air, puis retombe :
- " Autant se retrouver au Saoul-Boque d'ici ½ heure, comme ça les plus
vaillants pourront continuer de rouler (roulez, roulez petits stratèges, il en
restera toujours quelque chose) et on finira la soirée en beauté… "
Aussitôt dit, aussitôt fait, d'autant plus que Pascal le Maudit survient sur
ces entrefaits. Les protagonistes antinomiques se scindent en deux camps : le
camp d'Avid et le camp des Chie Mano Militari. Les premiers filent vers leur
destin via les Putes-ChaudMon, alors que les autres, solidaires assistent à la
naissance du moyeux moyen en chantant des cantiques quantiques. Dans l'air
surchauffé de Montmartre, s'élève alors une musique cristalline sortant des
gosiers purs de la troupe frappadingue assemblée :
(sur un air bien connu)
" Il est niais le divin moyeu, crions tous à la vaine main,
Il est niais le divin moyeu, chantons tous son nain Chevènement "
* * *
Le moyeux moyen vient enfin de retrouver la place qui est sienne. Il se sent
enfin dans son rayon. Pignons et couronnes fêtent dignement son retour parmi
eux en gémissant tels des génisses au véto lors de leur examen annuel de foune.
Chacun se rhabille, l'un de sa sibille râpée, l'autre de son manteau en poils
de chèvre de Mr Seguin, le troisième se couvre de son couvre-chef, un autre
d'un casque (on ne sait jamais : le pourfendeur du vase de Soisson rôde
toujours dans les parages). Môssieur le Comte enfourche sa fidèle monture
d'argent et sonne le ralliement de son pouêt-pouêt galbé figurant un interphone
d'intérieur enfourchant Pégaze qui lui-même serre la main à Samothrace :
- " Hardis les gars, tous au Saoul-Boque, vaille que vaille, suce l'ennemi. Le
dernier paye la Leffe… "
Car tels sont les Frappadingues, si entousiastes que rien, ni personne, ne peut
tarir de leur désir d'engorger une bonne bière belge. Bien que passablement
refroidis par la pause (je vois déjà le p'tit Michel qu'aura une congestion
pulmonaire demain matin et qui pointera absent au turbin), les cintrés le
suivent comme un seul homme, faute de meilleur exemple à talonner dans
l'immédiat, en direction du quartier des Hal, fief des fins de soirées
Pébéhennesques.
Pendant ce temps, le reste de la troupe, non content de s'être vu amputé de
quelques uns de ses membres les plus vigoureux, n'en poursuit pas moins son
petit bonhomme de chemin.
Les marches devant le Sacré Corps constituent un morceau de choix pour tout
amateur de sensations fortes. Les Frappadingues le savent bien, aussi
prennent-ils un malin plaisir à y faire démonstration de toute leur habileté au
maniement du cintre, dont le spécialiste, Fab', se joue les doigts dans le nez
: roulades, rebuffades, galipettes, galimatias, salto avant et arrière, et bien
sûr la fameuse remontée des marches sur une roue, sur deux roues, sans les
mains, sur un pied, langue pendante, pantelant, les yeux fermés et autres
originalités qui ravissent les passants béats et font crépiter les flashs
nippons.
Passés les premières ecchymoses, toujours bienvenue car permettant de gagner
des points facilement dans le concours de gyrophares, l'ennui gagne les
participants (à force de répéter, on finit par avoir mal au cul) qui décident à
l'unisson de redescendre vers le quartier des Hal pour s'abreuver comme les
bêtes, le soir dans la savane savonneuse, en Afrique.
Au bas de la rue (en descente) Delhi, l'enseigne du QG Pébéhennesque des
Frappés appraît au détour d'un virage. L'enseigne en question, pour ceux qui
souhaiteraient y aller un jour (le soir est réservé aux habitués) est
constituée de deux énormes boques aux yeux rouges qui s'appuient l'un contre
l'autre, l'air ivre de joie, en chantant des chansons paillardes que la morale
réprouve. Deux lanternes rouges encadrent ce tableau champêtre, permettant aux
furtifs et autres attardés noctambules de discerner la porte d'entrée de celle
des cagoinces.
Sur la terrasse du bistro, les premiers arrivés attendent les retardataires en
proférant force jurons et imageries populaires à connotation graveleuse et
engloutissant litres sur litre de cervoise flamande. Môssieur le Comte et ses
acolytes surviennent peu après, complétant ainsi la cohorte frappée qui se
désintègre aussitôt sous l'effet du départ des plus fatigués, des plus
rassasiés et des déjà saouls à rouler dessous la table.
Douze fidèles se retrouvent ainsi attablés sous l'auvent autour de leur chef
fictif présumé et néanmoins reconnu, dans la lumière irisée de la nuit
parisienne...
* * *
Les Frappadingues rejoindront-ils tous leur rang douillet logis sains de corps et d'esprit ?
La Leffe aura-t-elle les effets escomptés sur les réflexes de nos amis?
Au Saoul-Boque, la servante leur lavera-t-elle les pieds à l'eau de vaisselle, comme à
l'accoutumée ?
Le moyeux moyen de Môssieur le Comte tiendra-t-il les cadences infernales que
lui imposent de si puissantes cuisses ?
Nous le saurons lorsque le Père RV aura commit le prochain épisode, intitulé :
" La dernière saine ".
1 Ndlr : Ah ! Je ne vous avais pas dit que la Cosette de secours se prénomme
Suzanne ?
Eh bien maintenant, c'est fait. Qu'on se le dise…
2 Ndlr : Souvenir de la retraite de Russie, durant laquelle le Comte s'est
illustré de façon magistrale en battant le record de vitesse de carapate sur
boue avec tout le barda, catégorie Alzeimer second stade. Pour votre culture,
il relia Leningrad à Vladivostok en 2 jours 5minutes et 39 dixièmes devant son
aide de camp (à 27 minutes quand même !).
3 Ndt : Il s'agit, chez les fiers ibères de ce qu'on nomme là-bas un " cuissard festina " .
4 Ndlr : " Tiens, c'est bizarre ça : il n'a pas pris le plus court chemin ! "
5 Note de Germaine du Fion-Restreint : " Oh que j'aime ces images poético-lubriques,
comme il sied à mon fondement de les ouïr, bien calée dans le velours épais de mon
canapé recouvert d'une bâche tous-temps ! "
6 Note du Père RV : Patent pending du Père RV.
FIN

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