Dans la maintenant célèbre série j'ai testé pour vous un épisode que vous attendiez tous, votre nombreux courrier est là pour le prouver :
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Évidemment, au premier abord, ça surprendra un peu le quidam !
Rendez-vous compte, tester des barres énergétiques un dimanche matin en forêt de Rambouillet avec le Cannondale's Testing Team. Le rêve de tout biker normalement constitué devenu réalité... Prévenu la veille par un e-mail anonyme, signé d'un ami prétendant ne me vouloir que du bien, j'arrivais à l'aube au point de ralliement, histoire de ne pas figurer au rang des honteux retardataires. Prévoyant, j'avais emporté un flacon d'Isostarte goût oseille afin d'être certain de ne pas défaillir face aux efforts que demandent ce genre d'épreuve. |
Une petite gorgée avant de garer l'auto à la place
réservée de l'hôtel.
"Tiens, j'avais souvenir d'une autre saveur ???"
Après cinq enjambées, je rejoins la clairière,
théâtre d'événements pour sûr grandioses.
Tout le monde était déjà à pied d'uvre, qui
en train de lire les emballages cellophane pour vérifier qu'il n'y a pas
de plomb dedans, qui à balayer le single-track pressenti pour mettre
à l'épreuve la rigidité des noisettes, qui, enfin,
à emplir des gourdes en peau de chamois avec des breuvages
énergétiques savamment élaborés dans les
laboratoires clandestins du Pérou.
Outre les mécaniciens, le concierge, les cireurs de sandales, la
fleuriste, les cameramen et le nain de jardin, il y avait là, sagement
assis en rang d'oignon (bonjour l'odeur, après le café
avalé vite fait, au saut du lit) les honorables membres d'une bien
hétéroclite assemblée, qu'on en juge :
La séduisante Alison Sydor, en grande conversation avec Alla Epifanova
et Annabella Stropparo :
- Et comme marque de soutien gorge, tu prends quoi, toi ?
- Oh ? Je ne fais confiance qu'à mon homo et n'ai jamais
été déçue. Ça, non ! En plus, ils me font
des prix à condition que je pose dans des pubs en train de
déguster un plat de nouilles, assise sur un âne peint en mauve,
derrière un sapin.
- Tiens, c'est amusant, moi ils m'ont demandé de me pavaner en manteau
d'esquimaude et culotte de satin pour promouvoir le dernier modèle de
lave-vaisselle ! Dire que je ne sais même pas la faire, la vaisselle :
à la maison, au Portugal, on a toujours mangé avec les doigts,
dans des assiettes en carton !
Anne-Caro comparait le diamètre de ses poignets avec son collègue
de la descente masculine, Brian Lopes.
Cadel Evans, Cedric Gracia, Christophe Sausser et Johann Engstrom
échangeaient des recettes de cuisine et parlaient chiffon pour se
déstresser, comme avant chaque compétition d'importance.
Enfin, Tinker Juarez, un peu à l'écart, avait trouvé des
rails de chemin de fer et, en y collant son oreille droite, écoutait si
le train allait bientôt arriver.
- Salut la compagnie !
Le son suraigu de ma voix de contralto fit taire tout ce petit monde et les
regards convergèrent brutalement dans ma direction. Silence
gêné de toutes parts.
In petto, je flairais quelque chose d'anormal ayant trait à ma
physionomie :
"Mince, qu'est-ce qui ne va pas ?
J'aurais donc oublié quelque chose ?
Pourtant, j'ai bien pris mes pantoufles et mon sac à main, comme l'a
préconisé l'attaché de presse...
Ils me dévisagent tous comme si j'avais les yeux rouges ???"
Dans un éclair de lucidité, je devinais immédiatement
l'origine du malaise. Mal coiffé, j'avais oublié le bonnet de
nuit, protection indispensable en pareille situation.
Gentiment, le costumiste accouru me sauver du déshonneur par un
prêt de l'accessoire défaillant. J'étais fin prêt
pour une matinée inoubliable, dans un cadre splendide, avec les
meilleurs compagnons de jeux que l'on puisse espérer.
Après trois brefs coups de sifflet, chacun se mit en file indienne
devant le DTN afin d'opposer le moins de résistance possible au vent
d'est.
La composition des groupuscules fut votée à main levée et
après un bref conciliabule, les affaires sérieuses pouvaient
commencer.
Je me retrouvais en galante compagnie, avec pour partenaires Alla, Tinker
l'indien et Anne-Caro.
Nous fûmes d'abord, désignés pour
évaluer les capacités de résistance d'un lot de barres
chocolatées.
Tinker, en vieux briscard, se précipite sur une Nuts full suspendue aux
noisettes. L'expérience ressort immédiatement et l'indien se met
de suite en danseuse. Son tutu rose vole délicatement au vent, laissant
parfois apercevoir ses dessous Dim Compet' à protection seize pans
anti-scoumoune(r).
Après à peine quelques instants d'une lutte acharnée, le
papier est déchiré puis méthodiquement broyé
à l'aide d'une pince spd. La barre est mise à nu tel l'Adam de
l'histoire.
En quelques entrechats parfaitement mesurés, Tinker se rend maître
de la situation pour finir assis sur la malheureuse portion cacaotée,
déjà à demi-fondue.
Quelle self-control !
Ce type est vraiment un sacré professionnel !
Victoire éclatante : rien à redire. 1 à 0.
Encouragée par ce premier succès, Anne-Caro s'empare sans tarder
d'un
modèle très rare, pas importé en France, la
"Polaire-Barre parfum ail".
Un hop, deux ou trois freinages biens sentis. Des gouttes de sueur perlent
à son front juvénile.
L'assistance, surtout les mécanos, est hors d'alen.
Elle se bat sans faiblir et on la sent facile : elle passe propre là
où les autres maintiennent à peine leur équilibre
frôlant la catastrophe au moindre grain de riz croustillant.
Finalement la ligne bleu des Vosges est franchie, les bras levés en
signe de victoire. On en serait presque déçu tellement pour elle
tout paraît facile.
Verdict du chrono : 2,3 dixièmes, record battu. Délire dans le
campement !
Bien que rompu depuis de longues années à toutes
les pratiques les plus exigeantes, la pression commence sérieusement
à se faire sentir et je perçois déjà une moiteur au
plus intime de mon intestin grêle.
C'est le tour d'Alla. Tout le monde fait maintenant cercle autour de la jeune
et jolie russe et de l'acclamer aux cris de "Alla est grande !
Bénie soit la vodka !".
Enthousiasmée par tant d'encouragements sincères, la championne
s'élance à son tour. Palliant l'expérience par la russe,
ou plutôt la ruse, elle se précipite vers la souche d'un vieux
chêne où gît l'avant-dernier paquet à tester. Elle
s'est bien échauffée dans la tente du manager avec un gavoir pour
les oies à rouleaux, l'assurance suinte du moindre de ses pores.
Départ de biais. Relance. ça va, elle tient le coup. La
côte du rat mouillé approche, c'est là qu'elle devrait
porter une attaque décisive.
Sur les écrans géants qui retransmettent l'épreuve, on la
voit têter des goulées avides dans son cmalebaque. La vodka
à l'herbe
de bidon va faire effet dans peu de temps. Si son calcul s'avère exact,
ce sera pour dans 30 secondes.
Et puis, tout bascule dans l'horreur : Malédiction, sa
tronçonneuse vient de dérailler. Les dés étaient
pipés.
Consternation dans l'assistance. Le manager s'arrache les cils en signe de
dépit. Alla trace du bout du pied, dans le sable, l'esquisse d'un
bonhomme de neige...
Alla rentre penaude, couverte de gluant caramel, les yeux injectés de
praliné, et file directement se reposer dans sa roulotte,
dédaignant du même coup les interviews des journalistes
présents.
Le suspense est à son comble. Il ne reste qu'une chance infime de
remporter le challenge du nombril et c'est sur mes frêles épaules
que reposent tous les espoirs de la marque au cadre d'alu.
Quelques respirations sublinguales pour se calmer. Je m'isole du reste de ce
monde
cruel en pensant à une blanquette de veau amoureusement mitonnée
un jeudi midi.
Ca y est. Je suis prêt. Mes chacras alignés en sinusoïde
selon une séquence préalablement établie. Je fixe mon
regard de feu vers la souche sur laquelle s'ébat, inconsciente
du danger, la dernière barre chocolatée.
Un saut surnaturel et je chevauche ma proie, surprise par tant d'ardeur. Il
faut dire que j'ai mis mes bottes secrètes, celles avec le sigle RPR
(Repère des Pieux Ragondins. Ndlr) et que cela me procure un avantage
très net.
Dès qu'elle s'en rend compte, babarre marque un bref temps d'arrêt
dont je profite pour la retourner le dessus dessous sans ménagement.
L'ivresse de la victoire me rend guilleret. D'un rire sarcastique, je paralyse
irrémédiablement mon ennemie et peut, à mon tour sentir
l'odeur âcre de son souffle tiède sur ma peau satinée.
Ah ! Goût amer d'une victoire trop facilement remportée et
cependant tellement méritée !
Le Team au grand complet reste muet de respect. D'une démarche
volontairement nonchalente, je regagne mon paddock, fendant la foule
admirative, fourbu, vidé, encore pantelant après l'effort.
Demain, la presse va pouvoir faire ses choux gras de cette matinée aux
multiples rebondissements.
- Ho ! Tu m'entends ?
Alleeeeez, réveilles-toi bon sang, tu vas louper ton train !
Ca fait un quart d'heure que je te secoue comme un prunier !
En plus, les gosses n'ont pas d'école ce matin, je pensais faire la
grasse matinée et tu m'as réveillée en poussant des cris
de porcelet qu'on égorge !
T'es vraiment surmené, mon pauvre mari. Il est temps de prendre des
vacances !
- Hein ? Quoi ? Ah oui, ça m'revient, maintenant. C'est à cause
des frappadingues qui sont venus hier soir goûter ma nouvelle livraison
d'Orval. Et pour frimer, j'ai mélangé ma bière avec de
l'Isostart qui me restait dans le camelback.
Y devait pas être frais, c'est donc ça...
Ouille Ouille Ouille, c'que j'ai mal aux ch'veux !